11 octobre 2008
Refaire le monde ? psychodrame - scène 9
Scène 9 : Anaïs, Alma (Théo) :
Confrontation
[Psychodrame de traumatisme]
Anaïs. Théo, m’as-tu pardonné ?
Alma (Théo). Pourquoi toujours revenir sur le passé ?
Anaïs. Ne peux-tu répondre à ma question ? J’aimerais savoir où j’en suis avec toi.
Alma (Théo). Je n’ai rien à te pardonner.
Anaïs. Mais tu continues à me tenir à distance, à l’écart, tu ne me parles plus, tu déclines, poliment, mes invitations, tu parais ennuyé quand je viens te voir.
Alma (Théo). Ne t’avais-je pas prévenue que je me défendrais, que je ne me laisserais pas faire si tu continuais à me courir après, à me répéter que tu m’aimais, à insister avec une impudeur à la limite du supportable ?
Anaïs. Donc, tu ne m’as pas pardonné.
Alma (Théo). Il ne s’agit pas de pardon, seulement de te faire comprendre que je ne peux pas partager tes sentiments. Nous ne sommes pas liés.
Anaïs. Je souffre Théo. Cela t’est-il égal ?
Alma (Théo). Je ne peux pas porter non plus la souffrance dont tu parles, ni entrer dans ton jeu, ni te plaindre de quoi que ce soit. C’est toi et toi seule qui te met martel en tête.
Anaïs. Mais alors, Théo, si tous mes efforts pour m’expliquer ou au contraire pour me taire pour ne pas t’être importune sont également vains, que veux-tu que je fasse ?
Alma (Théo). Laisse-moi respirer. Je te l’ai déjà dit.
Anaïs. Oui. Excuse-moi. Ne t’ai-je pas laissé respirer pendant toutes les vacances ?
Alma (Théo). Ce n’est pas si long, un mois à peine.
Anaïs. J’ai pensé à toi tout le temps et à tout ce que je voulais te dire sans pouvoir le faire de peur de te déranger si je t’écrivais, même un seul mail…
Alma (Théo). Que voulais-tu me dire ?
Anaïs. Que j’ai trouvé un éditeur pour mon livre, cette fois c’est presque sûr.
Alma (Théo). Bien, bravo, mais ça ne me concerne pas.
Anaïs. Si, quand même, dans la mesure où tu figures dans ce livre.
Alma (Théo). Je ne suis pas convaincu, tu sais ce que j’en pense. Mais qu’importe !
Anaïs. Je voulais te demander aussi quelle aurait été ta réaction si j’étais venue à ta remise des prix en mai ? Je n’ai pas osé te demander avant, j’avais si peur que tu te fâches et me l’interdises. Mais j’avais envie de venir. Ma place était avec toi ce soir-là si nous avions été vraiment amis, en confiance, si tu m’avais invitée à venir.
Alma (Théo). Je n’aurais pas pu te l’interdire, tu le sais. Tu n’étais pas tenue de venir non plus. C’était loin juste pour un aller-retour.
Anaïs. Si nous avions été plus amis, si je n’avais pas commis tant d’erreurs, j’aurais pu venir avec toi sans que cela soit gênant pour toi. Peut-être aurais-tu été heureux de ma présence comme j’aurais été heureuse d’être témoin des marques de reconnaissance que tout le monde a dû te manifester là-bas.
Alma (Théo). Avec des si, on mettrait Paris dans une bouteille, c’est bien connu. Ne regrette rien, ça ne sert à rien de regretter.
Anaïs. C’est aussi pour cela que j’ai tenu à venir un mois plus tard à ta dédicace pour remplacer un peu cette soirée à laquelle je ne suis pas allée à mon immense regret. Mais tu m’a dit ces mots « Tu es là, forcément » et depuis, je suis triste. J’ai passé de mauvaises vacances à ruminer ça. Je me suis dit que cela aurait été encore pire si j’étais allée à ta remise des prix dans ces conditions et que tu ne m’aimais pas du tout pour me dire ça.
Alma (Théo). Bon, j’ai peut-être été un peu agacé de te voir d’accord mais cela devient tellement prévisible. Tu as tous mes livres en plusieurs exemplaires, que veux-tu de plus ? Je ne vois pas l’intérêt pour toi de continuer à les acheter et de venir aux mêmes dédicaces.
Anaïs. Je n’ai pas beaucoup d’occasions de te rencontrer autrement.
Alma (Théo). Mais il y a d’autres écrivains, d’autres poètes que moi sur la terre…
Anaïs. Pour moi, il n’y a que toi qui compte.
Alma (Théo). (Énervé). C’est une maladie !
Anaïs. Ne te fâche pas. C’est la dernière fois de ma vie que j’aime quelqu’un. Je n’aimerais jamais plus personne d’autre. Quant à écrire de la poésie, je n’en ai plus envie, cela me dégoûte, je ne peux plus écrire. Tu es tellement au-dessus de moi, et rien de ce que j’écris ne peut t’intéresser de toute façon.
Alma (Théo). Alors, je me demande pourquoi tu t’acharnes sur moi ; tu as des tas d’amis poètes autour de toi qui t’aiment et t’apprécient.
Anaïs. C’était si bien avec toi avant, quand on s’écrivait souvent et tout…
Alma (Théo). Ecoute, je crois que nous avons assez discuté. Il faut que je parte. Ma vie a changé. C’est compliqué pour moi, j’ai des choix à faire, des décisions à prendre, j’ai besoin qu’on me fiche la paix, ne comprends-tu pas que je ne peux pas m’occuper de toi constamment ?
Anaïs. Si je comprends et je sais que ta vie est compliquée mais tu as le temps pour les autres, pas pour moi. Pardonne-moi. Ian a de la chance, lui, une chance inouïe.
Alma (Théo). Il la mérite. Ça n’a rien à voir avec toi. On s’entend bien lui, et moi, on se complète…
Anaïs. J’aurais tellement aimé…
Alma (Théo). Nous verrons, laissons le temps au temps.
(Noir)
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